Un secteur au bord de l’asphyxie

[COMMUNIQUE DE PRESSE]

Alors que la Belgique affiche les meilleurs résultats d’Europe en matière de collecte, de tri et de valorisation textile en fin de vie, les entreprises d’économie sociale et circulaire qui assurent la collecte sélective de ces textiles, telles que TERRE asbl, OXFAM Belgique ou Les PETITS RIENS, sont aujourd’hui au bord de l’asphyxie.

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Dans ce contexte, plusieurs acteurs majeurs, issus tant du secteur conventionnel à l’instar de SOEX, Renewcell ou plus récemment encore TexAid, que de l’économie sociale WMH en Flandre ou La Tresse en France ont récemment cessé leurs activités, faute de conditions économiques viables pour assurer la collecte, le tri et le traitement des textiles usagés.

Le secteur du réemploi des textiles usagés, véritable colonne vertébrale de la filière textile circulaire belge, qui occupe plus de 500 emplois en Wallonie et à Bruxelles, est gravement fragilisé par une conjonction de facteurs économiques, environnementaux et législatifs menant à une crise inédite et sans précédent. Le danger est et systémique. « C’est toute la chaîne de valeur du textile de seconde main qui vacille, de la collecte à la vente, en passant par le tri. L’obligation de collecte sélective, au 1er janvier 2025, conjuguée à la vague de vêtements de mauvaise qualité issus de fast fashion et d’ultra fast fashion qui inonde l’Europe met à mal notre modèle ; d’une part en augmentant les volumes et d’autre part en réduisant la fraction de textiles valorisable. », souligne Emmanuel Cossée, COO d’OXFAM Belgique.

14.500.000 € de taxes déchets supplémentaires, un enjeu crucial pour les finances publiques wallonnes et bruxelloises

Sans soutien d’urgence, la diminution voire la mise à l’arrêt des activités circulaires coûtera deux à trois fois plus cher aux Régions d’ici quelques mois, peut-être même d’ici quelques semaines. « Le temps nous est compté avant de devoir anticiper des mesures qui auront des conséquences graves sur les services pris en charge par nos structures », annonce Thierry Smets, CEO de l’asbl Les PETITS RIENS.

Entre 2023 et 2024, ces trois principaux opérateurs du secteur ont enregistré une augmentation moyenne de leurs volumes de collecte de l’ordre de 12,70 %. Cette tendance haussière se confirme en 2025, avec une progression de 6 % observée sur les six premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2024. « C’est une situation que les opérateurs de collecte ne peuvent plus encaisser. », déclare Christian Dessart, CEO de TERRE asbl.

crise textile

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Avec un taux de collecte proche des 60%, la Belgique se place largement en tête des performances européennes en matière de collecte sélective. À titre de comparaison, la France collecte à ce jour à peine 30% des TLC1 mis sur le marché, malgré une REP effective depuis près de 15 ans. Ce résultat témoigne de l’expertise, du professionnalisme et de l’efficacité avec lesquels les acteurs belges de l’économie sociale et circulaire fournissent ce service de gestion et de valorisation des déchets à la société.

Néanmoins, les acteurs enregistrent des coûts de collecte et de tri qui ont quasiment doublé en 7 ans en raison de l’inflation, des indexations et des hausses de prix de l’énergie pour se situer aux alentours de 710€ par tonne triée, fin 2024.

A ce jour, il existe un énorme déficit de financement, qui n’est plus tenable. Alors que la collecte sélective des textiles est devenue obligatoire en janvier 2025, il n’existe actuellement aucun mécanisme de financement obligatoire pour couvrir ces coûts. La mise en place de régimes de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) pour les textiles est toujours en cours de d’analyse et sera opérationnelle en Belgique au plus tôt en 2028.

« En résumé, la gestion des déchets textiles non-réutilisables, qui répond à une obligation légale de collecte sélective, repose aujourd’hui largement sur les acteurs de l’économie sociale, sans que les moyens nécessaires à sa mise en oeuvre ne soient encore assurés.», poursuit Emmanuel Cossée.

crise textile

La surproduction et le comportement des producteurs sont les raisons principales de cette crise

La fréquence toujours croissante des renouvellements de collections et les milliards de petites expéditions en ligne entraînent un flux massif de textiles qui inonde chaque jour le marché de l’UE. Il contribue de manière significative au volume écrasant de textiles sur les marchés de la réutilisation et des déchets.

L’afflux d’une mode jetable et donc de vêtements de mauvaise qualité, non réutilisables et non recyclables submerge les systèmes de récupération. La production de vêtements de qualité inférieure entraîne un taux de réutilisation plus faible et augmentent la quantité de déchets à incinérer. Une spirale qui augmente les coûts d’exploitation, renforcée par la hausse des prix de l’énergie et l’inflation qui a rendu les opérations de réemploi en Europe prohibitives. Des mesures législatives urgentes sont nécessaires pour endiguer ce phénomène nous menant tout droit vers une catastrophe économique, sociale et environnementale.

Comment résoudre cette crise sans précédent ?

crise textile

Les acteurs proposent un plan d’action en plusieurs phases, la priorité pour les textiles collectés doit être le réemploi local, en s’alignant sur le principe de proximité et la hiérarchie des déchets. Les producteurs sont responsables des déchets et de la pollution qu’ils génèrent, et leurs contributions financières aux systèmes de REP doivent couvrir de manière adéquate les coûts de collecte, de tri et de préparation en vue du réemploi, du recyclage ou de l’incinération. « Il est aujourd’hui impératif que les Régions mettent en oeuvre urgemment un financement transitoire pour la filière des textiles usagés. C’est vital pour les entreprises à but social tel que TERRE asbl, Les PETITS RIENS et OXFAM Belgique et leurs travailleurs et travailleuses. C’est aussi dans l’intérêt de nos partenaires historiques, les communes et la population. Si nous n’avons pas le monopole du coeur, nous ne sommes pas non plus les kleenex des producteurs-pollueurs.», conclut François Malaise, Président du groupe TERRE.

Un mécanisme de financement provisoire est nécessaire pour soutenir le secteur jusqu’à ce que les systèmes de REP soient opérationnels

La mise en place d’une REP verra le jour trop tardivement. La seule solution pour sauver le secteur du réemploi des textiles est la mise en place de financements régionaux transitoires pour les entreprises sociales et circulaires dès 2025. Cette mesure doit être cohérente avec des mécanismes identiques dans les pays limitrophes à la Belgique au risque de créer de nouvelles distorsions. Un financement, avec effet rétroactif pour 2025, de 206€/tonnes collectées est demandée par le secteur des entreprises sociales et circulaires du réemploi des textiles.